L’écotourisme a le vent en poupe aux Antilles-Guyane

Aux Antilles-Guyane, la nature a toujours été l’un des principaux arguments pour attirer les touristes. Mais depuis quelques années, le discours a évolué.

Guides touristiques et hébergements jouent de plus en plus le carte du tourisme vert. Un tourisme plus respectueux de l’environnement, qui affiche une marge de progression de 20% par an. L’an dernier, le Conseil économique, social et environnemental a publié un rapport afin d’aider à promouvoir le tourisme durable dans les Outre-mer. Un enjeu de taille pour ces territoires qui doivent composer avec une biodiversité fragile, un tourisme de masse, et l’urgence climatique.

 

“Nous essayons de faire tout ce que l’on peut pour la nature, la seule limite c’est que l’on accueille les clients dans un confort premium. Mais les deux ne sont pas incompatibles”, explique Matthieu Cornet, le propriétaire du Jardin des Colibris, un écolodge ouvert en 2006 niché dans les hauteurs de Deshaies, en Guadeloupe, mitoyen au Jardin botanique. L’an dernier, le Jardin des Colibris a reçu la toute première “Palme verte”, une distinction décernée par le Comité du tourisme des îles de Guadeloupe (CTIG) et qui récompense les hébergements qui oeuvrent pour la protection de l’environnement. Compostage avec des étiquettes informatives élaborées par la maison, pas de clim dans cet endroit bien ventilé par les alizés, des cases créoles fabriquées en pin PEFC, autant de gestes pour l’environnement qui ont aidé le Jardin des Colibris à obtenir cette “Palme verte”. “Nous offrons également un arbre à chacun de nos clients que l’on plante en Haïti. Je pense que ce que la CTIG a récompensé, ce sont tous les efforts que nous avons fait en matière de protection de l’environnement, de biodiversité et d’accueil du tourisme”, poursuit M. Cornet. Actuellement, une trentaine d’hébergements sont labellisés comme respectueux de l’environnement en Guadeloupe, et 22% des activités proposées dans l’archipel sont estampillées “Tourisme Vert”. “À l’heure actuelle où nous parlons de réchauffement climatique, d’épuisement des ressources naturelles, de pollution, etc… La vulnérabilité de notre territoire doit être dans les consciences de chaque professionnel du tourisme, mais aussi de chaque consommateur”, justifie Willy Rosier, président du CTIG.

 

Écotourisme, tourisme vert, durable, naturaliste… Selon l’Organisation mondiale du tourisme, l’écotourisme regroupe “toutes les formes de tourisme basées sur la nature dans lesquelles la principale motivation des touristes est l’observation et la jouissance de la nature ainsi que des cultures traditionnelles qui prévalent dans les zones naturelles”. Il s’agit d’un tourisme à visée éducative qui minimise l’impact sur l’environnement, contribue à la protection des milieux naturels et se pratique généralement en petits groupes de personnes.

 

Des pays comme le Costa Rica ou la Dominique ont fait de l’écotourisme une dimension politique en faisant le choix de protéger une partie importante de leur territoire, en misant sur le commerce éthique ou équitable et sur l’agriculture bio. En Guadeloupe, Martinique et Guyane, la volonté de promouvoir un tourisme durable est de plus en plus affichée. “Il faut savoir qu’au sein du CTIG, il existe une Commission Verte qui travaille essentiellement sur la stratégie de la valorisation du tourisme vert. Nos actions sont déployées sur tous nos marchés et auprès d’une cible professionnelle et grand public. Nous participons à des Salons de tourisme thématiques sur nos marchés extérieurs et localement, nous communiquons également à travers la presse spécialisée, nous accompagnons les évènements locaux attractifs notamment sur leur communication à l’extérieur”, explique M. Rosier.

 

Une activité en expansion

 

Mais les propriétaires qui pratiquent la location de vacances et les guides proposant des activités en plein air n’ont pas attendu que les institutions s’intéressent à l’écotourisme pour vendre un concept durable. Gladys Tisgra est la gérante du Hameau du Morne des Cadets situé sur les hauteurs de Fonds Saint-Denis en Martinique. Son père surnommé “Tonton Léon” agriculteur bio, a choisi d’ouvrir son gîte en janvier 2000. “Mon père a créé ces bungalows, car il voyage énormément, je pense qu’il a vu ce concept-là ailleurs et s’est dit pourquoi pas le faire ici. Il est l’un des premiers agriculteurs bio de Martinique. Malgré toutes les railleries qu’il y avait à l’époque, il fait ce qu’il avait envie de faire et il a eu raison car il a été suivi par plein d’autres personnes”. Très plébiscité sur les sites de tourisme durable, ce gîte utilise des chauffe-eaux solaires, pratique le recyclage, le compost, récupère l’eau de pluie pour arroser le jardin et les déjections de poules ou de chevaux pour l’engrais.

 

De son côté Pascal Proust propose depuis 2012 des sorties en kayak dans la mangrove et dans le lagon du Grand Cul-de-Sac marin, ainsi que du canyoning aqua rando dans la rivière Grande Plaine en Guadeloupe. Pour lui, le nombre de prestataires d’excursions écotouristiques a explosé ces dernières années. “Chaque année il y en a de nouveaux, la plupart au bout de 3-4 ans ils sont encore là, c’est que ça marche. Faire du tourisme dans les Antilles c’est forcément lié à la nature”, dit-il. Mais pour ce guide touristique, si beaucoup de prestataires se disent estampillé tourisme vert, peu le pratique réellement. “Finalement, la définition de l’écotourisme est vraiment exigeante, il n’y a pas grand monde qui en fait en Guadeloupe. Si on prend les critères du Parc national, il ne faut pas avoir de vaisselle jetable, avoir un propos naturaliste, mêler la population locale aux activités, par exemple en offrant des jus locaux, etc… Après cela il n’y a plus grand monde”, expose-t-il.

 

Des actions qui doivent venir de plus haut

 

Loin du tourisme de masse, les guides pratiquant des activités écotouristiques n’encadrent qu’un petit groupe de personne. Ce afin de garder un excursion à taille humaine, mais également pour protéger l’environnement. Ces guides qui sont chaque jour au contact de la biodiversité, constatent la dégradation de leur lieu de travail à vitesse grand V, en raison du réchauffement climatique. “On a détruit 50% des mangroves en 20 ans. Parfois on sacrifie des lieux pour faire du chiffre, comme sur l’îlet Pigeon. Cela impacte très fortement l’écosystème”, déplore Pascal Proust.

 

Les hébergements écotouristiques eux doivent souvent faire face à une détérioration plus rapide des matériaux naturels dans lesquels sont confectionnés leurs bâtiments. “Avant, on traitait le bois avec de l’arsenic, aujourd’hui, le bois qui n’a pas ce traitement a une durée de vie plus courte. Alors est-ce qu’il faut traiter le bois avec de tels produits, ce qui nous ferait couper moins d’arbres ? À mon niveau je ne peux pas répondre à ces questions. C’est le rôle des experts”, déclare M. Cornet.

 

Ces dernières décennies de nombreuses mesures ont été mises en place par les collectivités, l’État ou les institutions internationales pour protéger certains sanctuaires naturels. Par exemple, la catégorisation réserve de biosphère par l’UNESCO pour la Guadeloupe, la catégorisation réserve naturelle de la presqu’île de la Caravelle en Martinique ou celle de la réserve naturelle de l’Amana qui couvre 15.000 hectares en Guyane, en autres. En début d’année, plusieurs acteurs de l’île dont le Comité martiniquais du tourisme ont lancé le projet Odysséa, un projet de valorisation de la croissance et du tourisme bleu dans la Caraïbe, dont la Martinique entend se positionner comme pôle d’excellence. En Guyane, un guide du Routard Guyane a été publié pour la toute première fois, proposant des activités majoritairement en lien avec l’atout principal du territoire : sa nature. Malheureusement ces actions se révèlent insuffisantes face à l’urgence climatique, malgré cela, les professionnels du secteur ont choisi de rester optimistes.

 

“J’ai des touristes qui ne savaient pas faire le tri, je leur ai appris, si ça se trouve ils vont continuer chez eux”, espère Gladys Tisgra. “Je n’ai pas une grande foi en les institutions pour que cela change, j’ai davantage foi en le consommateur. Après je trouve que la Guadeloupe évolue bien, quand je pars faire une randonnée je vois les choses de manière plutôt optimiste. Il y a un fort potentiel sur la Guadeloupe à la fois dans le développement du tourisme ou dans les énergies renouvelables”, estime de son côté Pascal Proust. “La situation a évolué depuis 2006. On trouve l’île beaucoup plus propre, désormais il y a des déchetteries et il n’y a plus de décharges sauvages, après il reste encore beaucoup à faire mais il y a eu des pas importants. Nous allons dans le bon sens, car au niveau des institutions, il ont bien compris que du point de vue du commercial, l’écotourisme est une vraie carte à jouer”, conclut Matthieu Cornet.

 

www.aujardindescolibris.com

www.kayak-guadeloupe.fr

https://www.tonton-leon.com/

 

 

 

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